[]
loader

Mes actus' montagnes

Vous tenir au courant des conditions!

Expé Pente Raide Pérou

mercredi 13 septembre 2017, par Steph

Départ le 11 Juillet à Lyon sous une journée caniculaire, on est en short et on tire pourtant une housse à skis dans les couloirs de l’aéroport...

Le voyage est franchement interminable, Frankfort, Sao Paulo, Lima, Huaraz... des avions, des bus, des taxis, on arrive crâmés à la casa Zarella, notre hôte à Huaraz.

JPEG - 130.2 ko




Nous découvrons la beauté des lieux et observons les 6000m qui entourent la ville en essayant d’y imaginer des itinéraires.

Le seul problème c’est que nos skis ( et pas mal de matos) sont quelque part entre Sao Paulo et Huaraz ! on se dit que si les choses tournent mal, on ne skiera peut être même pas ! le stress est palpable pendant les deux jours où nous rongerons notre frein à attendre nos skis, impatients et dépités. On découvre la bière locale et l’ambiance de cette belle ville. On fait des plans sur la comète...



Finalement, le 14 juillet, nous montons dans un vieux taxi toyota, en direction du Pisco, qui nous servira de sommet d’acclimatation. Arrivés au bout de la Laguna Llanganuco, les fesses bien tannées par 2 heures de piste cahotique, nous sommes, cette fois, vraiment plongés au coeur de la cordillère Blanche. Les images que nous avions en France sur le papier , prennent concrètement forme devant nos yeux, les Huascaran, les Huandoy... elles sont toutes là plus massives et impressionnantes que prévues !
Nous décidons de faire le Pisco ( 5752m ) sans mules ni porteur afin de voir comment on réagit dans l’effort à cette altitude... on part donc en direction du refuge à 4700m avec des bons sacs de 15 kg ! on est surexcité lorsqu’au détour d’un virage on découvre le sommet du Pisco et les Meringues de sa face sud... on monte au refuge en courant littéralement ! c’est bon signe...
Malheureusement, Titi et moi sommes finalement malade le lendemain ( surtout Titi qui vomit toutes les heures ! ) Commence alors une longue journée pour atteindre le sommet... la remontée de la moraine est interminable, tous les appuis sont instables, c’est épuisant avec un alien dans les boyaux ! on ne peut qu’observer Yannick qui court plusieurs centaines de mètres devant !
On atteint malgré tout le sommet dans un temps assez rapide. La pause au sommet fait du bien. On peut quasi observer l’intégralité de la chaine, la vue est incroyable à 360°. On peut enfin voir un de nos objectifs de cette expé : l’Artesonraju ! il est devant nous, magnifique pyramide qui culmine à plus de 6000m. D’ici, il semble blanc et skiable, on essaie d’imaginer un itinéraire de montée et de descente. La tâche s’annonce corsée !
La descente du Pisco est bien agréable, et hormis quelques crevasses, on peut skier sans pression, on essaie d’en profiter un maximum. Avec titi on reprend un peu des couleurs...












Deux jours de repos à la casa à Huaraz pour reprendre un peu le dessus physiquement. On découvre la vie locale, les bons repas à 10 soles, la cerveza Sierra Andina, bref, on prend nos repères. Le ventre va mieux, on peut envisager la suite !
Evidemment, nous sommes les trois unanimes pour tenter l’Artesonraju et sa splendide face Sud Est ouverte en 1978 par Patrick Vallençant. Nous avons beaucoup de chance cette année car El Nino a été virulent au mois d’Avril, et la neige est relativement abondante. Nous savons que la période idéale est plutôt mai et juin. Il va falloir faire avec, sans doute aurons nous des conditions de neige compliquées car il n’y a plus de précipitations depuis un bon moment.

On décide d’être rapide et de faire la course en deux jours. On veut être relativement frais pour skier, du coup on prend des porteurs pour monter au camp moraine, à 4900m. Comme d’ habitude, la marche d’approche est assez longue mais toujours aussi magnifique, le bleu turquoise de la laguna Paron nous accompagne pendant 6km ! Puis c’est une montée raide jusqu’au camp. le sommet est pris dans la tourmente et les rafales de vent, nous sommes inquiets pour le lendemain ...

Réveil à 3h du matin, le vent est tombé, nous grimpons sous un soleil radieux. Après un petit slalom dans les séracs du glacier, nous progressons tranquillement sur la pente qui se redresse petit à petit. la neige nous paraît plutôt agréable à skier. On enfonce pas mal par moment et l’altitude commence à se faire sentir un peu. Titi a bien récupéré de ses problèmes gastriques et c’est lui qui caracole en tête et qui franchit une longueur pénible et improtégeable. On débouche enfin au sommet, on profite de la vue sur les sommets voisins et sur l’Amazonie que l’on devine à l’Est...
On attaque la descente par quelques virages peu raides dans de la croute, ça promet...
On cherche un passage pour essayer de franchir la barre de sérac du sommet et l’on sait pertinemment que l’on ne pourra pas skier la longueur que nous venons de passer à la montée et qui doit avoisiner les 85° !
On trouve finalement un cheminement rive gauche qui se faufile entre les parois de glace, dément !
J’attaque les premiers virages dans une belle neige mais la pente est bien raide ( 50/55° ) à cet endroit mais avec l’altitude et la fatigue je respire bien fort pour rester concentré. Yannick me rejoint puis Titi.
Suit alors un passage de quelques mètres en glace que nous franchissons skis aux pieds mais avec le piolet. On rejoint la grande pente qui reste soutenue mais nous permet de skier plus zen...
Le temps de filmer un peu et de faire quelques photos et nous passons la rimaye. Nous sommes heureux ! l’expé est déjà réussie , nous venons de skier l’Artesonraju sans rappel !
Les porteurs nous attendent impatients mais heureux de nous voir redescendre entiers !
Après quelques pourparlers pour faire ouvrir la barrière qui est fermée à cette heure ( 19h ), nous reprenons notre bon vieux Toyota pour rentrer à Huaraz.
















Toujours les mêmes habitudes à Huaraz : on dort le plus possible, on mange une bonne truite avec du riz le midi et on boit des bières le soir ! Entre temps on parle un peu de la suite... J’avais dans un coin de la tête une tentative de descente de la face sud du Santa Cruz . On a pu observer la face depuis l’Arteson et bien qu’elle paraissait en conditions correctes ( blanche ! ), une longue section ne nous paraît pas skiable... On préfère ne pas perdre de temps dans une tentative aléatoire.
En plus, on a tout les trois "flashé" sur la face ouest du Huascaran ( 6750m ) et ce fameux "mur" baptisé El Scudo ( le bouclier ). On sait que cet itinéraire n’a que très rarement été skié : la première remonte aux années 2000, puis deux répétitions dont une cette année ( à priori ). Pas de descente "française" connue semble t-il ?
On reprend notre super équipe de porteurs et on décide de faire l’aller retour sur 3 jours cette fois. On monte bivouaquer à 4700m près du refuge le premier soir, puis nous passerons une courte et mauvaise nuit à 5200m, plein vent à l’abri des séracs.
Nous attaquons donc le sommet le 3ème jour ( réveil frisquet à 2h ). On part sur un bon rythme car vu la configuration des immeubles de glace qui nous dominent, on a pas trop envie de s’éterniser ! Le Huascaran attire beaucoup de monde car c’est le plus haut sommet du Pérou mais c’est également l’un des plus meurtrier ...

On remonte la Canaletta de nuit puis on cherche un passage pour passer la rimaye et attaquer el scudo. Notre progression est assez rapide. Le soleil se lève, on tombe sur deux belges qui ont creusé un trou dans la neige et ont bivouaqué à 6200m, plein vent, motivés ! On les encourage à se préparer et à pas trop traîner, le vent est toujours bien fort et la température ressentie doit avoisiner -30°C... Je m’arrête pour me réchauffer les doigts et mettre les gros gants, j’ai une bonne onglée à m’ en faire couler deux trois larmichettes ! Yannick a froid aux pieds et s’arrête également quelques minutes. Titi a pris de l’avance. Je repars et essaie de le rattraper, en vain. Je le vois redescendre du sommet tout plat. Il m’attend à l’abri dans une crevasse et je fais le plus vite possible pour atteindre le sommet et le rejoindre.
On ne sait pas où est Yannick, on attend quelques minutes mais on va geler sur place, il faut bouger... On hésite sur le choix de la voie de descente. la neige était bien dure et irrégulière dans el Scudo mais cela me paraît skiable, Titi est plus sceptique et pencherai pour le labyrinthe de séracs de la voie normale ! je réussi facilement à le convaincre de tenter le coup, au pire on dé-escaladera. En plus je suis sûr que Yannick n’est pas redescendu par la voie normale, s’il a fait demi-tour.
On attaque la descente et la pente se raidit le long de l’arête, il y a vraiment une ambiance de dingue ! avec le vent on a du mal a savoir sur quoi on skie, on ne voit pas la surface de la neige, on essaie de se rappeler de ce qu’on avait à la montée !
le haut de la face est assez bon et on peut presque enchaîner une dizaine de virages.
mais bientôt la pente s’accentue encore et la neige est encore plus dure et changeante. On skie mais c’est pas du free-ride !
A mi-pente, on aperçoit Yannick qui atteint le glacier, on est soulagé ! il rejoint la tente que nous avions laissée au cas où... on finit par atteindre nous aussi le glacier, bien entamés ! On se retrouve les trois. Yannick a du faire demi tour à la fin d’el Scudo car il ne sentait plus un orteil mais a réussi à skier lui aussi ! dément ! On vient de skier ce magnifique triangle du Huascaran !








Yannick consacrera quelques jours à soigner son orteil à Huaraz, pendant que Titi et moi partons pour El Esfinge ( le sphinx 5300m ). Nous grimperons la classique mais magnifique voie Bohorquez de 1985, 750m 6c max. On grimpe vite sur un granit compacte mais un peu plus "zippant" que chez nous. Parfois les fissures sont un peu bouchées par des sortes de cactus, et nous obligent à allonger l’espacement entre les friends... On torche la voie en 6 heures, ce qui nous permet une fois de plus de faire l’aller retour Huaraz en deux jours ! faut dire qu’on est tellement bien chez Zarella !






















A notre retour, le pied de Yannick semble aller pas trop mal, faudra voir en altitude et au froid mais il ressemble moins à un choux fleur ! On se repose de nouveaux deux jours et on repart !

Direction le refuge Ischinca pour tenter le Tocclaraju. On a eu des infos sur la directe de la face ouest et c’est en glace , malheureusement ...
On essaiera de skier la très esthétique arête Nord... Après une magnifique approche, soulagés par nos deux mules, on dort au refuge à 4300m. on tentera le sommet ( 6030m ) le lendemain. Comme prévue, la glace est bien présente sur la montagne et nous oblige à redescendre les 60m sous le sommet en crampons.
La suite est plus facile et Yannick peut même faire des images au drône. La neige n’est pas exceptionnelle mais on commence à s’y habituer et puis pour un mois d’Aout, c’est déjà inrspéré de pouvoir skier, alors on se plaint pas au contraire ! Avec tous ces lacs turquoises dans les vallées qui nous entourent, la vue est hallucinante, on ne s’en lasse pas ! Même les longues marches de retour ( 15km pour le Toccla ! ) ne nous dérangent pas (trop !) .

Titi nous "abandonne" au bout de ces trois semaines de dingue ! Faut aller bosser un peu ...

On se retrouve à deux avec Yannick. La taille de la chambre diminue mais pas la motivation ! On hésite un peu entre le Shaqsha et le Chopicalqui. Au final, on choisit l’arête sud du Chopicalqui et ses 6300m. Le Shaqsha avait déjà été tenté sans succès, et on craint un peu que les conditions ne soient pas au rendez-vous...On se paie une dernière fois le luxe de la montée avec deux porteurs, ça leurs permet de bosser et nous d’économiser notre énergie !
On remonte l’immense moraine qui dégouline des glaciers des Huandoy Sud et Nord...
La marche n’est pas si longue que prévue et on explique aux porteurs qu’on redescendra "comme des grands " le lendemain.
Une fois de plus, le vent est de la partie...

Les premiers pas sur la neige nous font un peu tressaillir... le truc blanc sur lequel nous progressons n’est pas de la neige mais un véritable tapis de fakir ! les fameux pénitents...inskiable !
Heureusement, le blanc redevient plus lisse... On contourne quelques belles crevasses et on progresse lentement sur l’arête, Yannick n’est pas au mieux. Il semble fatigué et encore mal remis d’ une période gastrique compliquée ! Décidément, nos boyaux de petits occidentaux nourris à la bouffe pasteurisée ne sont pas bien robustes !
On s’approche des 6000m, la corde se tend de plus en plus fréquemment, je me retourne et sens Yannick en baver de plus en plus... Il préfère s’arrêter là... son estomac et la fatigue le poussent à rendre les armes ...j’hésite un instant à continuer seul mais je sais qu’il y a encore des grosses crevasses proches du sommet et je ne veux pas laisser Yannick seul. On chausse et on redescend. Un peu déçu mais content de rentrer entier, on décide de stopper la partie ski de l’expé. Les conditions de neige se sont dégradées depuis notre arrivée il y a un mois. Il est temps de sortir les tongs et d’aller grimper !

On s’autorise une petite excursion sur la côte Pacifique à Tuquillo Beach, magnifique ! On se trempe même dans l’océan, pas très chaud ! la baignade n’excédera pas les 5 minutes ! On observe le balai aérien des pélicans, je vais même courir un peu le long de la côte accompagné par les Urubu à têtes rouges. Le paysage est lunaire, fait de sable de dunes de roches brunes et rouges. On est seul au monde. Heureusement que Raoul, uruguayen installé sur cette plage depuis trente ans, nous héberge et nous prépare de savoureux petits dej.

On retrouve Huaraz au bout de quelques jours de farniente réparateur. Yannick craint de ne pas pouvoir mettre de chausson car son orteil n’ a pas encore fière allure ! On décide malgré tout d’aller promener nos doigts sur le splendide rocher de Atun Machay, magnifique chaos de blocs, situé sur un plateau perché à 4300m, à seulement deux heures de bus de Huaraz.
Le lieu est, une fois de plus, complètement hallucinant. Des blocs de 2 à 30 mètres sont posés là, dans une vaste prairie jaunie par la sécheresse qui sévit depuis plus de deux mois. Quelques vaches maigrelettes, et une poignée de moutons déplumés déambulent au pied des blocs...
Les lignes faciles sont souvent très esthétiques, mais pour les voies en 7 et 8, il n’y a pas grand chose... après avoir rebroussé chemin dans un beau 8a malheureusement larciné en haut, je jette mon dévolu sur un autre 8a bien plus technique ! Je crois que je n’ai pas le physique pour le gros dévers en ce moment !
Heureusement, en faisant parler un peu l’expérience et la pose de pieds, je parviens à enchainer ce beau mur vertical truffé de petits bi-doigts...

Comme présenti, Yannick ne peut pas enfiler les chaussons. Il grimpe en baskets dans les 6b ! Du coup, on abrège un peu ... dernier retour a Huaraz pour faire les achats de souvenirs pour femmes et enfants ! je tente même un dernier footing sur les hauteurs de la ville, mais c’est beaucoup trop dangereux ! J’ai survécu à la glace, aux crevasses, au froid et aux pentes à plus de 50°, mais je ne résisterai sans doute pas longtemps aux chiens sauvages, enragés qui fourmillent dans la banlieue de Huaraz... J’esquive miraculeusement la première attaque ( bien aidé par un homme qui hurle une phrase magique en espagnole et réussit à calmer temporairement la meute ), je continue un peu penaud, en regardant mes mollets tout blancs qui offriraient sans doute un repas sympa au prochain molosse... La deuxième salve d’aboiements a raison de ma motivation ! Je pars en moon walk ne quittant pas du regard les quatre ou cinq chiens qui m’escortent jusqu’à ce que je retourne dans mes quartiers de "riche européen" dans le centre de la ville...

On fait un gros bisou à notre hôte Zarella qui nous aura bien aidé dans l’organisation et la logistique de nos aventures. On se met debout, pieds joints sur nos sacs pour réussir à les fermer, et on jette tout ça dans le bus qui nous reconduit jusqu’à Lima.

Je retrouve Marjo et les enfants deux jours après, enfin chez moi !
j’ai l’ étrange impression d’être parti depuis une éternité, mais quand je ferme les yeux, les souvenirs de ces belles montagnes me semblent si proches... Je suis heureux de revoir les miens, de leurs raconter nos aventures les yeux pleins d’étoiles, mais je pense déjà à la suite...le chapitre est terminé mais l’histoire n’est pas finie...

Un grand merci à Titi et Yannick d’avoir partager cette expé avec moi, à ma famille pour avoir patienté pendant que papa se la régalait à l’autre bout de la planète...
et à mes partenaires Simond Chamonix et Plum 100% made in chez nous, de m’équiper avec du matos qui tient la route !